Une colonne de fumée s'élève au dessus d'immeubles de Doha, au Qatar, où les autorités ont annoncé intercepter des missiles, le 5 mars 2026 ( AFP / Mahmud Hams )
Les frappes s'enchaînent sans relâche jeudi sur les capitales du Moyen-Orient, de Téhéran à Beyrouth en passant par les mégalopoles du Golfe, dans une guerre qui n'en finit pas de s'étendre et plonge la planète entière dans l'inquiétude.
Au sixième jour de l'attaque américano-israélienne sur l'Iran, des explosions lointaines et fortes ont été entendues par des journalistes de l'AFP à Téhéran, derrière le ronflement sourd d'avions militaires.
Les habitants s'affairaient pour dégager les dégâts de la veille dans l'est de la ville, d'après des images d'AFPTV.
"Nous tournons une page très importante de notre histoire et je n'ai pas peur", assure un Iranien de 30 ans. "L'espoir est la seule chose qu'il nous reste aujourd'hui", ajoute-t-il, sans décliner son identité.
L'agence de presse officielle iranienne Irna a fait état jeudi d'un bilan de 1.230 morts en six jours, des chiffres que l'AFP n'était pas en mesure de vérifier dans l'immédiat.
Des déflagrations ont résonné à Doha. Six employés migrants népalais et pakistanais ont été blessés par des débris de drone, dans une zone industrielle d'Abou Dhabi.
L'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer toute la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, qu'elle pilonne. Des images de l'AFPTV y ont montré dès l'aube des immeubles éventrés.
Selon les autorités libanaises, au moins 72 personnes ont été tuées et 437 blessées, avec quelque 83.000 déplacés depuis lundi.
L'offensive américano-israélienne sur l'Iran, officiellement destinée à empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire, a depuis samedi initié une incertaine recomposition des rapports de force dans la région.
Les monarchies pétrolières du Golfe, qui abritent des bases militaires américaines, sont aspirées dans le conflit. Et la République islamique, constamment frappée, a retardé les funérailles de son guide suprême Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.
Elle réplique par des salves de drones et missiles contre Israël et sur des cibles américaines et alliées dans le Golfe.
- La crainte du grand plongeon-
Elle a revanche démenti avoir visé l'Azerbaidjan alors que selon Bakou, deux personnes ont été blessées par des drones iraniens dans la région de Nakhitchevan.
Un homme devant un immeuble effondré après avoir été visé par une frappe à Téhéran, le 5 mars 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
L'Europe ne reste pas sans réagir. Rome envoie une aide en matière de défense antiaérienne aux pays du Golfe. Et une frégate espagnole va accompagner le porte-avions français Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, avec des bâtiments grecs.
Le ministre britannique de la Défense John Healey se rend lui à Chypre jeudi, quatre jours après une frappe de drone sur la base britannique d'Akrotiri.
Aux antipodes, l'Australie a déployé deux avions militaires sur le théâtre des opérations. Même le Canada n'exclut plus la participation de ses forces.
Entre panique des marchés, volatilité des cours et ralentissement des flux commerciaux dans une région stratégique, les milieux d'affaires craignent le grand plongeon.
L'économie mondiale est "de nouveau mise à l'épreuve", a averti la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva, tandis que Séoul activait un fonds de stabilisation du marché.
La Chine, craignant des pénuries, a demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence, selon l'agence Bloomberg.
Dans la région, l'Iran a affirmé jeudi avoir frappé la région autonome du Kurdistan irakien, alors que Téhéran redoute que les factions armées kurdes ne profitent du chaos pour défier son pouvoir.
"Les groupes séparatistes ne doivent pas s'imaginer qu'un vent nouveau s'est levé et tenter d'agir", a prévenu Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, une des grandes figures du pouvoir épargnées jusque là par les frappes.
La Maison Blanche a démenti vouloir armer des milices kurdes contre Téhéran. Mais elle a confirmé des discussions avec des dirigeants de cette minorité, aux confins entre Irak, Iran et Turquie.
"Nous ne nous rendrons pas" -
Des panaches de fumée après des frappes à Téhéran en Iran le 5 mars 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
Jeudi, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth, a dit à son homologue israélien, Israël Katz, selon ce dernier: "continuez jusqu'au bout, nous sommes à vos côtés".
Le champ de bataille semble illimité: pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale, un sous-marin américain a coulé mercredi un bateau de guerre iranien dans l'océan Indien.
Les autorités srilankaises, qui mènent les recherches, ont fait état d'au moins 87 marins tués et de dizaines de disparus. Les Etats-Unis "regretteront amèrement" le précédent, a averti L'Iran.
Son armée a lancé de nouvelles salves contre Israël, affirmant viser l'aéroport de Ben Gourion à Tel-Aviv, et affirmé avoir touché un pétrolier américain dans le Golfe. Un deuxième navire de guerre iranien est par ailleurs en route vers le Sri Lanka.
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, revendiquent depuis mercredi le contrôle "total" du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Un pétrolier ancré au large du Koweït a subi une "forte explosion", selon une agence de sécurité maritime, mais l'équipage est sain et sauf.
Dans le même temps, Israël a lancé des attaques contre le Liban pour le quatrième jour consécutif.
Le Liban a été entraîné dans la guerre par une première attaque contre Israël du Hezbollah pro-iranien, soucieux de "venger" la mort de l'ayatollah Khamenei. "Nous ne nous rendrons pas", a martelé le chef du mouvement chiite, Naïm Qassem, que le pouvoir libanais somme - en vain - de rendre les armes.
- Le détroit d'Ormuz bloqué -
Carte d'Iran localisant des frappes et explosions répertoriées par l'Institute for the Study of War and AEI's Critical Threats Project, au 4 mars à 21h GMT, ou rapportées par les autorités iraniennes au 5 mars à 9h GMT (non exhaustif), après que les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire ( AFP / Luca MATTEUCCI )
Pilonnée sans relâche, Téhéran a pour sa part des allures de ville morte. L'ONU estime que 100.000 personnes ont fui la ville au deux premiers jours de la guerre.
"Téhéran est aussi désert qu'hier (...). Il y a des contrôles de patrouilles de police partout", a témoigné sur Telegram Abid, un de ses habitants.
Les autorités ont reporté sine die les obsèques d'Ali Khamenei, invoquant une forte affluence. Mercredi, des milliers de personnes s'étaient rassemblées dans le pays en hommage au défunt, selon la télévision publique iranienne.
Certains brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël".
Et le pouvoir continue de verrouiller les communications. L'internet fonctionne "autour de 1% de son niveau habituel", selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks.

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